Charlotte de Witte : avec NAVA, la techno donne une voix aux femmes iraniennes

Et si l’intelligence artificielle pouvait devenir un outil de liberté d’expression ? C’est le pari de Charlotte de Witte, qui vient d’annoncer « Azadi », un EP de trois titres réalisé avec NAVA, une chanteuse virtuelle créée par l’artiste britanno-iranien Farbod Mehr. Prévu le 5 novembre 2026 sur son label KNTXT, ce projet associe techno et héritage culturel persan autour d’un sujet sensible : les restrictions qui empêchent les femmes de chanter publiquement en solo en Iran.
NAVA n’est pas une chanteuse humaine utilisant un avatar numérique. C’est un projet vocal conçu à l’aide de l’intelligence artificielle, imaginé en 2025 par Farbod Mehr pour représenter les femmes iraniennes privées de cette liberté artistique. Son identité visuelle s’inspire de l’art et de l’histoire de l’Iran, tandis que son univers musical fait référence aux traditions persanes. Le projet a déjà attiré une importante communauté en ligne, bien avant cette collaboration avec l’une des figures majeures de la techno actuelle.

L’EP réunira trois morceaux : « Azadi », « Omid » et « Tales Of The Desert ». En persan, azadi signifie « liberté » et omid signifie « espoir ». Musicalement, Charlotte de Witte conserve son approche directe et puissante, avec des rythmiques rapides, des sonorités acid et des atmosphères sombres. Les voix de NAVA apportent une dimension différente à ces productions, entre mélodies persanes et tension électronique. Un extrait de « Tales Of The Desert » a déjà été dévoilé sur les réseaux sociaux, et l’artiste a également joué l’un des morceaux lors de son passage sur la Mainstage de Tomorrowland en 2026.
Au-delà de la musique, cette collaboration porte un message engagé. Charlotte de Witte explique vouloir donner de la visibilité à des histoires qui restent trop souvent inaudibles. Pour elle, NAVA représente ces femmes qui ne peuvent pas s’exprimer librement par le chant dans leur pays. Le titre « Azadi » prend ainsi une dimension particulière, en associant la puissance de la techno à une revendication de liberté.
Le projet suscite toutefois des réactions contrastées. Si certains saluent l’utilisation de la musique électronique pour mettre en lumière les droits des femmes iraniennes, d’autres s’interrogent sur le recours à une voix artificielle plutôt qu’à une chanteuse humaine. Un débat qui dépasse cette seule sortie : à mesure que l’IA prend de la place dans la création musicale, la question de la représentation des artistes et de leur rémunération devient de plus en plus centrale.

Un point est en revanche clairement annoncé : l’intégralité des bénéfices générés par l’EP sera reversée à FEMENA, une organisation qui soutient les défenseuses des droits humains et les mouvements féministes en Asie et dans la région SWANA, qui comprend notamment le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
Avec « Azadi », Charlotte de Witte propose donc bien plus qu’une nouvelle sortie techno. Elle met sa visibilité au service d’un projet qui fait se rencontrer musique, technologie et liberté d’expression, tout en ouvrant une discussion nécessaire sur la place de l’intelligence artificielle dans la création artistique.



